Pour se remettre de l’exercice, on nous prépare un délicieux asado, le barbecue de la pampa. Les viandes persillées et grillées à point fondent dans la bouche. Il ne manque plus qu’une milonga campera, un bal gaucho accompagné de rythmes traditionnels à l’origine du tango. Mais, pour cette expérience-là, il faut retourner à Buenos Aires.
Tango, mi amor
Car la capitale argentine est inséparable du tango, à la fois son berceau historique et sa capitale mondiale. Redevenu plus à la mode, il traduit les espoirs et les désillusions des Argentins. Et il occupe une large place dans le renouveau culturel de la movida porteña. Les cours de danse ne désemplissent pas, et les milongas, ces salles de bal dédiées au tango, sont prises d’assaut tous les soirs de la semaine.
Vieux tangueros et débutants, touristes et porteños, hétéros et homos, partout on se mélange au son tantôt mélancolique, tantôt hystérique des bandonéons. Il existe différentes écoles de tango. La plus populaire est le style milonguero qui insiste sur le jeu entre les danseurs. Regards appuyés et lourds de sens, on sent la tension monter entre les partenaires.
Car le tango est un véritable combat, sensuel, enjoué, mystérieux et excitant à bien des égards. La légende dit que le tango est né dans les bordels et les bars à matelots de La Boca, où les immigrés le dansaient entre hommes, imitant des combats singuliers. De nos jours, dans ce Montmartre latin et coloré, des couples de danseurs de rue appâtent le touriste devant El Caminito, moyennant quelques pesos.
Mais c’est le barrio populaire voisin de San Telmo qui est un des lieux privilégiés des amateurs de tango. Le sourire de Carlos Gardel, son plus illustre chanteur, réputé gay, est figé sur toutes les fresques et les enseignes du quartier.
Le dimanche, la plaza Dorrego se remplit de danseurs de rue qui font leur spectacle au milieu du marché aux puces. Et, le mercredi soir, Augusto Balizano organise le tango queer La Marshall au club Independencia, une milonga typique. La salle délabrée avec son parquet qui craque se remplit dès 21 heures pour le cours d’Augusto.
Porteños, étrangers, hommes et femmes, et même hétéros viennent ici pour apprendre à danser, pratiquer ou expérimenter. On peut choisir son rôle : guider ou se laisser guider. Respirations au diapason, visages en quinconce, regards perdus dans le vague, le tango est un corps à corps fougueux. La milonga queer La Marshall connaît aujourd’hui un tel succès qu’elle a désormais aussi lieu le vendredi dans le centre de Buenos Aires.
«Le tango est une pensée triste qui se danse», disent les Argentins. Pourtant les nuits porteñas, ô combien sensuelles, résonnent aussi de joie de vivre et de sensualité.
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